13 février 2020 : bilan à 18 mois du 80 km/h

L'ONISR et le Cerema ont publié fin janvier à l'occasion du bilan provisoire de l'accidentalité 2019,  le bilan provisoire à 18 mois de l'impact de la mesure du 80 km/h. Rappelons que c'est le Comité interministériel de sécurité  routière du 9 janvier 2018 qui avait décidé de réduire la limitation de vitesse  de 90 km/h à 80 km/h sur les routes à double-sens, sans séparateur  central, en dehors des agglomérations. La mesure est rentré en vigueur le 1er juillet 2018. C'est au  Cerema, qu'il a été confié l'évaluation en collaboration avec l'ONISR et l'Ifsttar, de l'impact de cette mesure sur les vitesses pratiquées, les accidents, les temps de trajet, et le ressenti des usagers.

D'après l'ONISR, sur l'année 2019, comparée à la moyenne de référence 2013-2017, 211 vies ont été épargnées sur le réseau hors agglomération hors autoroute, alors que 44 vies ont  été perdues en agglomération, et 2 vies épargnées sur autoroute. Concernant les vitesses portant sur 50 points de suivis répartis sur le territoiren sur les douze premiers mois, il a été enregistré une baisse de la vitesse pratiquée de -3,4 km/h. Le Cerema enregistre par ailleurs un allongement moyen des temps de parcours de l'ordre de 1 seconde au kilomètre et une baissede 10 points du nombre d'usagers défavorables.


Commentaires :

Le 80 km/h continue d'alimenter la polémique d'autant que la loi d 'orientation sur les mobilités permet dorénavant les Présidents des conseils départementaux de porter à 90 km/h les sections de routes après avis de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d'une étude d'accidentalité portant sur chacune des sections de route concernées (Code Général des collectivités territoriales- article L. 3221-4).

La publication du rapport "bilan à 18 mois du 80 km/h" devait apporter des élements objectifs sur l'efficacité de la mesure. Il les apporte mais dans la confusion puisqu'il se délescope avec les annonces de l'ONISR.

Le bilan du CEREMA porte en fait sur 12 mois du 1er juillet 2018 au 30 juin 2019 annonçant une réduction de la mortalité de 13% alors que l'ONSIR annonce un bilan sur l'année 2019 comparé aux années 2013_2017. De quoi s'y perdre si la mauvaise foi vous empare.

Reprenons. Le comité des experts du CNSR a évalué l'efficacité de la mesure à environ 350 vies épargnées par an. A priori, l'effet doit être immédiat et porte sur une durée d'un an. Autrement dit, le 2ème semestre 2019 ne subit plus normalement l'effet de la mesure.

En 2017, 2156  personnes ont été tuées  sur les routes hors agglomération. On notera que cette donnée couvrent toutes les routes hors agglomération y compris les sections à 110 ou à 70. Isoler les routes uniquement concernées prendra un plus de temps. c'est pourquoi ces données sont utilisées. Si l'on retient la baisse enregistrée par le CEREMA sur un an de -13,4%, on obtient 288 vies épargnées.

Sur le deuxième semestre 2018, l'ONSIR avant noté 91 vies épargnées par rapport au 2ème semestre 2017 et 76 vies épargnées entre le premier semestre 2019 et celui de 2018 soit sur un an plein de la mesure 165 vies épargnées soit une baisse de 7% environ, deux fois moins que la baisse espérée.

S'agit-il d'un échec de la mesure. Non si on estime que ce sont des vies épargnées et qu'il s'agit d'une baisse substantielle mais une déception car on pouvait en attendre davantage. Cela dit, ce résultat est sous-estimé pour au moins deux raisons. La première est comme dans toute mesure, il y a eu un effet d'anticipation puisque sur le premier semestre 2019, l'ONSIR avant noté 51 vies épargnées par rapport au 1ème semestre 2017. La seconde est que la fin de l'année 2018 et l'année 2019 furent des années agitées socialement, notamment avec des dériorations des radars et qu'il est probable que cette situation n'a pas été favorable pour la sécurité routière. En atteste la hausse enregistrée sur les autres réseaux, notamment le réseau urbain où la mortalité a augmenté de 7%.


Sur une année pleine (2019), le nombre de tués sur ces routes en donnée provisoire a été de 1940 contre 2161 en 2017, soit 211 vies épargnées, soit une baisse pratiquement de 10%. Il faudra attente une seconde année pleine 2020 analysée strictement sur le réseau concerné pour savoir si la baisse constatée se rapproche de celle estimée par le groupe d'expert du CNSR.