Alcool : première cause de mortalité sur les routes ?

 

Les campagnes de communication le répètent régulièrement, à commencer par celle de la Sécurité routière. L'alcool serait la première cause de mortalité sur les routes. Certes, l'alcool est un fléau majeur en matière d'insécurité routière. Il diminue fortement l'attention et la vigilance des conducteurs. Sa présence dans les accidents mortels est de l'ordre de 30%. Elle est relativement constante depuis plus de deux décennies.

Présence dans un accident  ne veut cependant pas  dire cause d'accident. L'obligation de mesurer le taux d'alcool de toutes les personnes impliquées dans un accident permet de connaître de façon assez précise la part de la présence de l'alcool dans les accidents corporels et dans les accidents mortels en particulier. En revanche, il n'est pas possible de mesurer aussi  précisément la présence d'autres facteurs importants comme la vitesse, l'inattention ou la somnolence à défaut d'un système d'enregistrement de comportement comme dans l'aéronautique.

Il faut donc avoir recours à l'analyse détaillée des accidents pour mieux faire la part de la présence de ces différents facteurs et de leur imputabilité dans l'occurrence de l'accident.  Cette analyse montre que, pour une certaine proportion, le fait que le conducteur présente un taux d'alcool n'implique pas que ce facteur soit le déclencheur de l'accident ou ait contribué à l'occurrence de l'accident et encore moins à sa gravité.

L'alcool serait, d'après ces analyses, plus probablement un facteur causal d'accident mortel de l'ordre de 20 à 25%. Dans ce cas, d'autres infractions y sont associées comme le non-respect de la priorité ou d'un feu tricolore. Dans un tiers des cas, la ceinture de sécurité n'a pas été attachée. La vitesse excessive se retrouve également fréquemment. Elle est le facteur aggravant comme dans la plupart des accidents mortels.

Autrement dit sans vitesse excessive par rapport aux conditions de circulation, un accident resterait dans la grande majorité des cas un accident corporel non mortel. C'est d'ailleurs pourquoi  la baisse de la mortalité routière générale enregistrée entre 2002 et 2006 grâce à la baisse des vitesses excessives  s'est accompagnée d'une baisse de la mortalité routière en présence d'alcool.

Dans ces analyses détaillées d'accident,  la vitesse excessive se retrouve  comme facteur déclencheur ou contributif à hauteur de 30 à 35%. Le même ordre de grandeur se retrouve dans l'inattention.


En résumé, si  l'alcool n'est pas la cause première de la mortalité, il génère ou aggrave une prise de risque (vitesse excessive, absence de ceinture) et réduit les capacités de conduite (distraction, fatigue ou somnolence). En cela, l'alcool se doit d'être proscrit au volant. Un taux 0  permettrait de réduire la mortalité de 5 à 10% .