LA CONDUITE ACCOMPAGNEE DIMINUE LE RISQUE D'ACCIDENT GRAVE

Faux :

La conduite accompagnée (ou apprentissage anticipé de la conduite [AAC]) fait l’objet depuis sa généralisation dans les années 90, d’une attention particulière des pouvoirs publics. Cette attention est justifiée à la fois par le meilleur taux de réussite des candidats issus de la filière AAC à l’examen du permis de conduire (70% environ contre un peu plus de 53 % pour l’ensemble des candidats), par le fait que cette formation serait moins chère que la formation traditionnelle et que ces candidats, une fois leur permis obtenu, enregistreraient a priori une fréquence de sinistralité moindre que les conducteurs novices issus de la filière classique de formation.

Au regard de ces éléments, le gouvernement souhaite poursuivre l’augmentation du nombre de candidats au permis de conduire qui ont suivi l’AAC et vient d'autoriser le démarrage de cette formation dès 15 ans.

Or, peu d’évaluations ont été menées sur l’efficacité de la formation à la conduite par la voie de l’AAC. Il est admis que cette formation apporterait une expérience de conduite plus grande qui serait un gage d’une meilleure sécurité lors des premières années de conduite.

Les sociétés d'assurance sont les seules à même de pouvoir mesurer les gains éventuels de sinistralité. La difficulté est qu'ils ne produisent que des statistiques globales sans différencier la sinistralité matérielle de la sinistralité corporelle alors que c'est cette dernière qu'il convient de réduire, particulièrement lorsqu'elle est grave.

L'observation des comportements montre que les conducteurs ayant suivi la formation AAC possèdent une meilleure maîtrise du véhicule qui limite effectivement leur sinistralité matérielle par rapport aux conducteurs ayant suivi une formation classique.

En revanche, ils sont plus confiants alors qu'ils ne disposent plus de l'assistance de l'accompagnateur. Cette surconfiance les amène à rouler plus vite et à prendre davantage de risques  (dans les manoeuvre de dépassement notamment).

La plupart de ces conducteurs ont, par ailleurs, "hérité" des mauvaises pratiques de l'accompagnant, ce qui nécessite souvent une reprise en main de l'enseignant de la conduite avant l'examen pratique (et ce qui a pour conséquence d'augmenter le coût de la formation de l'AAC qui, au final, est du même ordre que celui d'une formation classique). A noter que le meilleur taux de réussite en première présentation pourrait  résulter aussi  d'un préjugé favorable de l'examinateur.

Ainsi, l'impact positif sur la mortalité routière de la conduite accompagnée est loin d'être démontré, certaines études d’efficacité concluant à une diminution des accidents, d’autres à une absence d’efficacité.

L'enquête "MARC"8 menée sur une cohorte de jeunes par l'IFSTTAR a mis en évidence les conclusions suivantes:

"L'apprentissage accompagnée de la conduite n'accroît pas le comportement sécuritaire du jeune conducteur. Il ne modifie en rien le moment de l'arrivée du premier accident et aurait tendance à augmenter le risque d'accident la première année de conduite et à générer un comportement infractionniste plus précoce, dès la première année, alors qu'il se manifeste plutôt la deuxième année de conduite pour les jeunes conducteurs de la filière traditionnelle.

L'expérience de conduite ne fait sentir son effet qu'après 3 ou 4 ans de conduite et de manière progressive et la conduite accompagnée n'accélère pas vraiment ce processus".

On peut donc se demander pourquoi les pouvoirs publics et les assureurs tiennent à promouvoir ce mode de formation. L'administration est gagnante car le développement de l'AAC lui permet d'espérer  d'avoir moins de permis à faire passer en seconde présentation, et donc de ne pas avoir à renforcer son contingent d'inspecteurs du permis de conduire. Les assureurs sont également gagnants car l'AAC leur permet  de capter de futurs clients.

Les éléments de la littérature qui ont conduit à ce constant sont les suivants :

  1. 1994 : Étude AGF
  2. 1995 : Étude ONISR et FFSA
  3. 1995 : Cahier de l’observatoire. Études et évaluations N°2. Jeunes conducteurs, apprentissage de la conduite et accidents de la route. Yves PAGE.

          4.1999 : Évaluation qualitative d’un mode de formation : l’apprentissage anticipé de la conduite. INRETS (convention DSCR).         Françoise CHATENET et Pierre LEROUX.

  1. 1999 : Rapport GADGET Formation et évaluation du conducteur, obtention du permis de conduire. Vers une gestion théoriquement fondée du risque routier des jeunes conducteurs. Rapport BPA. Stephan SIEGRIST.
  2. 2003 : Évaluation du dispositif de formation complémentaire des accompagnateurs dans le cadre de l’apprentissage anticipé de la conduite dans le département de la Savoie. INSERR. Sabine GRANCHER.
  3. 2004 : Estimation du risque relatif d’implication accidentelle des jeunes conducteurs ayant suivi l’apprentissage anticipé de la conduite. CEESAR et Fondation MAIF. Yves PAGE, Marie-Claude OUIMET et Sophie CUNY.
  4. 2005 Enquête MARC – Sylvain LASSARRE – INRETS