Le baromètre mensuel de l'accidentalité

La présente rubrique propose une analyse du baromètre mensuel publié chaque mois par l'ONISR. Au préalable, il convient de savoir comment il est construit, pourquoi il existe en l'état et quels sont ses biais.

Il existe un baromètre  de la France métropolitaine depuis plus de quinze ans et un baromètre des déaprtemnts d'outre-mer depuis seulement deux ans. Ce dernier demande des coefficients de correction différents de la métropole.


Description :

Chaque mois, l'observatoire interministériel de la sécurité routière (ONISR) publie un bilan de l'accidentalité routière du mois précédent.
Ce bilan est connu sous le nom de baromètre mensuel. Ce bilan est produit à partir des données recueillies sur le terrain par les Forces de l'Ordre qui sont intervenues sur les lieux d'un accident. Elles sont dénommées dans le jargon « remontées rapides » car elles ne comprennent que peu d'information par rapport aux données BAAC (bulletin d'analyse des accidents de la circulation) qui font l'objet d'un autre recueil. Au cours de l'année 2020, ce système de remontée rapide va être remplacé par un système permettant aux Force de l'Ordre de saisir une pré-fiche BAAC, collectant les données habituellement saisies dans les remontées rapides. Ces données sont agrégées par département  pour obtenir les données suivantes: nombre d'accidents corporels, nombre de personnes tuées, nombre de personnes hospitalisées, nombre de personnes blessées, nombre de personnes tuées selon les catégories suivantes : véhicule léger, motocyclette, cyclomoteur, piéton, vélo, poids lourds, autres et selon les classes d'âge suivante : moins de 14 ans, 14/17 ans, 18/24 ans, 25/65, plus de 65 ans.

Cette aggrégation départementale est ensuite aggrégée au niveau national pour donner le fameux baromètre. Les données du mois sont alors comparés statistiquement avec les données du même mois de l'année précédente. 


La braommètre donne aussi l'évolution de la mortalité depuis le début de l'année, comparée à l'année précédente ainsi que celle des 12 derniers mois écoulés (dit année glissante). Il donne depus peu un bilan trimestriel.


Commentaires :

A y regarder de près, le baromètre mensuel est avant tout un outil de communication plutôt qu'un outil statistique. D'ailleurs, ce baromètre a été instauré à cette fin dans les années 1990. L'objectif était de trouver un support qui suscite des interventions médiatiques et produisent une communication gratuite de sensibilisation à la sécurité routière.

Force est de constater qu'il s'agit d'une réussite. Le résultat du baromètre fait l'objet d'un communiqué de presse gouvernemental et l'AFP suivi des autres médias diffusent largement ces résultats. Seules, les statistiques du chômage connaissent le même traitement ! La reprise médiatique est d'autant plus forte que la hausse ou la baisse de la mortalité dépasse la dizaine. Il faut cependant reconnaître que depuis quelques temps, que la reprise médiatique est moins forte.

Cette évolution mensuelle fait souvent l'objet de critiques sans pour autant que ces critiques soient pertinentes. Pour autant, l'interprétation de l'évolution de l'accidentalité, et principalement de la mortlaité d'un mois d'une année comparée au mois de l'année précédente est délicate au regard de ses biais à connaître. Disons que l'évolution de la mortalité mensuelle n'a un sens que si la variation enregistrée est supérieure à +5% ou à -5%. Elle peut être considérée comme significative au-delà d'une variation supérieure à 10%.

Les explications en sont les suivants :


Le premier biais vient de la méthode utilisée qui n'est que la conséquence d'annoncer un bilan qu'à peine vingt jours après la fin du mois et en tout état de cause avant que trentre jours se soient écoulés (tenpos pour correspondre à la définition de l'accident mortel). Pour ce faire, les données proposées sont des données extrapolées calculées à partir des remontées rapides. C'est cette extrapolation qui permet de proposer des données à 30 jours. Les coefficients d'extrapolation sont issus de la comparaison des remontées rapides sur plusieurs années avec les données définitives du fichier BAAC. L'expérience montre qu'il subsiste néanmoins une marge d'erreur d'environ 5% pour l'ensemble des données de la mortalité. Cette marge est plus grande pour la plupart des subdivisons par catégorie d'usagers car cela concerne de petit nombre. Elle est également plus grande pour les autres indicateurs d'accidentalité, en particulier le nombre de blessés hospitalisés. L'extrapolation permet de corriger les données en prévision d'accidents qui n'auraient pas été remontés, d'accidents qui seront déclassés et du nombre final de vicimes à l'issue des délais correspondant aux défintions (hospitalisation de plus ou moins 24 heures, décès avant ou après 30 jours). Avec l'améliortation dus systme de recueil des donées, on peur remarquer que l'ONSIR corrige ces données d'un mois au fil de l'année au bout de trois mois. La variation entre le nombre de décès annoncés et celui retenu au final peut atteindre plus ou moins 15 tués, d'où la magre d'erreur de 5% pour une moyenne de tués mensuelle de 300.



Le second biais vient du fait de vouloir comparer le mois avec le même mois de l'année précédente. Il est en effet délicat de tirer des conclusions sur l'évolution de la mortalité avec une telle comparaison car les biais sont nombreux. Pour autant ces biais sont moindres que celui de vouloir comparer un mois d'une année avec le mois précédent de la mêm année.

Un biais dans cette méthode concerne l'effet calendaire. D'une année sur l'autre, il y a automatiquement un jour qui disparait et un autre qui apparait. Ce jour  n'a pas le même poids en termes de mortalité.  Ce glissement peut affecter de plus ou moins 2% le bilan mensuel de la mortalité (dans le cas par exemple d'un mois à 5 dimanches comparé à un mois de l'année précédente qui n'en aurait que 4).

Un autre biais calendaire concerne la place des jours fériés dans le calendrier ainsi que celle des vacances scolaires. Ce biais concerne pratiquement tous les mois : janvier (position du 1er), février (si bissextile et vacances d'hiver),  mars si comprenant Pâques,  avril (Pâques et vacances de printemps), mai (selon la position du 1er , 8 , de l'Ascension et de la Pentecôte),  juin (selon la date des congés scolaires), juillet (selon le 14), août selon le 15 et la fin des congés scolaires), octobre (selon les vacances de la Toussaint,  novembre (selon le 1er et 11), décembre (selon la position du 25). Ce biais peut affecter de plus ou moins 1% le bilan mensuel. de la mortalité.


Le biais le plus important concerne les conditions météorologiques. Ces conditions affectent à la fois les déplacements des différents usagers et leur sécurité. Les conditions météorologiques impacte sur le nombre de déplacement et le mode de déplacement choisis. Il modofie l'exposition au risque de façon sensible. Il apparaitque ce sont les usagers vulnérables les plus « météo sensibles ». Les deux-roues motorisés circulent davantage par beau temps sec et chaud que par temps frais et pluvieux. Leur mortalité est fortement relayé à la fréquence de leur déplacement. Le mois de juillet correspond traditionnellement à leur pic de la mortalité et à l'opposé se situe janvier.  La mortalité d'un mois d'été pluvieux peut donc s'en trouver réduite. L'impact peut être d'une dizaine de tués en moins par rapport à la mortalité mensuelle des motocyclistes située autour de 55, soit un impact de 6% sur la mortalité globale. Les piétons ont à peu près la même sensibilité. Le mois de décembre correspond traditionnellement à leur pic de leur mortalité et à l'opposé se situent les mois d'été. L'impact peut être également d'une vingtaine de tués en plus et en moins par rapport à leur mortalité mensuelle moyenne se situant autour de 40 soit un impact également de 6 à 7% sur la mortalité globale. Il est possible certains mois que l'effet des conditions L'accidentalité des véhicules à quatre-roues est moins météo-sensible mais on peut constater sans qu'il soit possible de l'estimer vraiment une influence sur le trafic des conditions météorologiques et sur une augmentation dur risque d'accident en relation avec ces conditions.

Au final, les différents biais cumulés pourraient conduire  à fausser l'évolution de la mortalité d'un mois d'une année sur l'autre de plus ou moins 20% !


Un dernier biais parfois négligé est la survenue pour les mois concernés d'un accident à très forte mortalité ou de plusieurs accidents à forte mortalité. 12 tués impacte de 4% le bilan comparé de la mortalité d'un mois d'une année sur l'autre.


L'ONSIR tente depuis quelques années de mettre au point un logiciel permettant de corriger ces données mais l'exercice est difficile.


Il convient donc de retenir seule l'évolution de la mortalité en année glissante sur au moins six mois permet un début d'analyse sur la tendance à l'amélioration ou à la détérioration de la sécurité routière. Celle concernant uniquement les véhicules légers serait la plus pertinente car ces véhicules sont nettement moins météo sensibles. Cette courbe en particulier devrait davantage retenir l'attention des analystes et des commentateurs.